Rencontre pour la paix : Mot de bienvenue de l’Ambassadeur Xavier Driencourt [ar]

Nous sommes réunis aujourd’hui, dimanche 11 novembre 2018, sous ce beau soleil, au lycée international Alexandre Dumas d’Alger, pour célébrer la paix.

Il y a 100 ans, le 11 novembre 1918, à bord d’un train stationné près de la ville de Rethondes, en France, les Alliés et l’Allemagne signèrent l’Armistice. Elle marqua la fin des combats meurtriers qui frappaient l’Europe depuis 4 ans.

Suivie, peu de temps après, par la cessation des combats sur tous les autres continents, ce jour marqua symboliquement la fin de Première Guerre Mondiale, terrible période de l’Histoire qui coûta la vie à 18 millions de personnes, dont 8 millions de civils, éprouvés par tous et en tous lieux, et dont le sacrifice et la mémoire nous obligent.

Ce premier conflit mondial a ébranlé tous les continents, tous les peuples. Il a ancré dans la mémoire collective les horreurs des tranchées, des bombardements, des « gueules cassées ». Il a laissé à jamais dans nos esprits des mots que l’on ne prononce plus, encore aujourd’hui, sans émotion : Verdun, Funchal, Tannenberg, Dardanelles.

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Du Pacifique à l’Afrique, en Asie et au Moyen-Orient, jusqu’aux côtes américaines, et bien sûr en Europe, tous les peuples ont été meurtris par ce conflit, sans exclusion des pays restés neutres. Pour la première fois de manière aussi massive, les civils étaient mis à contribution - les femmes ont connu une mobilisation sans précédent -, tout comme les peuples placés sous le joug des nombreux empires coloniaux, dont la participation et le sang versé ne seront jamais oubliés.

Nous nous souvenons.

Nous nous souvenons et le souvenir de cette Première Guerre Mondiale, comme de tous les autres conflits qui ont hélas marqué l’Histoire moderne, est un devoir au nom de victimes, mais aussi au nom de la paix. Or, je m’en suis aperçu moi-même en préparant ce discours, il est bien plus facile de parler de la guerre que de la paix, d’évoquer plutôt le passé que l’avenir. Ce constat interroge.

Pour reprendre les mots d’Aristide Briand, prononcés devant l’Association internationale des journalistes accrédités auprès de la Société des Nations, le 16 septembre 1930, « la paix, c’est une entreprise difficile ! », « C’est une chose singulière, qu’après avoir vécu les horreurs de la dernière tuerie, il faille encore chercher, à faire comprendre aux Hommes que cela doit prendre fin » ; pour cela, « la paix n’a pas besoin de coeurs défaillants, ni de volontés chancelantes : elle est une oeuvre rude à poursuivre, et cette oeuvre, il lui faut non pas beaucoup d’hommes pour la servir, mais des coeurs tenaces, des hommes que les critiques n’empêchent pas d’accomplir leur tâche ».

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La paix n’est pas un concept, une illusion. La paix se vit, se ressent, s’observe de manière très concrète dans la vie de chaque jour. C’est la possibilité offerte à tous de pouvoir vivre sans peur ; de pouvoir s’exprimer de manière libre ; de pouvoir travailler, se déplacer, de faire des projets ; c’est la possibilité donnée aux parents de voir grandir leurs enfants.

Au-delà de la fin des violences, la paix se construit grâce à la solidarité face aux épreuves, à l’ouverture sur le monde, à la culture, à la mixité sociale, à la prospérité économique. Il s’agit d’un travail permanent, à poursuivre avec soin et exigence. C’est l’envie de garder toujours ouvert le fil du dialogue et de la compréhension mutuelle. C’est l’art de tisser patiemment un filet imperméable aux risques, aux tentations de guerre.

Cette paix est terriblement fragile, constamment questionnée, souvent menacée. Il n’est pas un pays au monde qui n’ait été meurtri, qui n’ait subi la violence dans sa chair. Aujourd’hui encore, des conflits majeurs nous ébranlent : je pense à la Syrie et à l’Irak, au Yémen et à la Libye, au Sahel, au Congo, au Soudan du Sud, à la Centrafrique, à l’Afghanistan et à la Birmanie, et à tant d’autres encore. Nos pensées et nos efforts sont et doivent être tournés vers leur résolution durable.

Nous partageons aujourd’hui un dessein commun et une vision partagée : celui de faire taire le bruit des armes, de porter assistance aux personnes vulnérables, d’encourager une stabilité et un développement durables. Nous sommes tous les héritiers d’un formidable espoir : celui de préserver les générations futures de la guerre. Et résonnent encore en nous les expressions : « la Der des Ders ! » et « Plus jamais ça ! ». Et pourtant…

Car, peut-on faire la paix tout seul ? Non, bien évidemment. Pour y parvenir, l’écoute et le respect de l’autre sont indispensables, le dialogue et la bienveillance sont nécessaires. Faire la paix avec les autres, faire la paix avec soi-même peut-être : la paix, c’est avant tout un comportement que nous devons surveiller sans relâche.

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Mesdames et Messieurs,
Je suis très heureux de vous accueillir aujourd’hui dans ces murs du lycée international Alexandre Dumas, afin de célébrer la paix, dans un esprit fraternel et convivial. Vous êtes ici chez vous et je vous souhaite la bienvenue.

Je suis honoré de la présence de si nombreux ambassadeurs, attachés, comme je le suis, aux valeurs d’amitié et de confiance qui lient désormais nos nations, et soucieux, toujours, de défendre sans relâche l’harmonie entre les peuples. La diversité géographique qui est la nôtre cet après-midi témoigne, s’il en était nécessaire, de l’universalité de la défense de la paix. Je me réjouis de me trouver parmi vous, citoyens multiples du monde mais parlant d’une seule voix, dans ce lycée qui symbolise l’éducation et donc l’avenir de notre humanité. Nous faisons ainsi écho à la volonté du Président de la République française de faire de ce centenaire un élan vers l’avenir, en réunissant à Paris les chefs d’Etat et de gouvernement, les élus, les organisations régionales et internationales et la société civile dans le cadre du Forum international pour la paix, un cadre unique de dialogue pour faire progresser la gouvernance mondiale au bénéfice des populations.

A cet égard, je salue Monsieur le Coordinateur résident des Nations Unies, Monsieur l’Ambassadeur de l’Union européenne et Madame la Cheffe de délégation du comité international de la Croix Rouge. Par leurs actions concrètes dans de nombreux pays, souvent en dépit des dangers, par leurs actions différentes mais complémentaires, leurs institutions agissent pour la paix. Elles incarnent avant tout les principes d’aide humanitaire, de coopération internationale et de défense des libertés.

Je me réjouis de pouvoir participer à cette Rencontre pour la Paix et à la commémoration du Centenaire de l’Armistice ici, en Algérie. Je tiens à remercier sincèrement les autorités algériennes pour leur soutien et leur disponibilité sans réserve. Je sais l’engagement fort et permanent de l’Algérie pour la paix, qu’elle a notamment démontré dans le rôle majeur de médiateur qu’elle a joué dans de
nombreux conflits et négociations difficiles, de l’Iran à l’Erythrée en passant par le Mali. L’Algérie porte un message fort de « vivre ensemble en paix », par-delà toutes les différences, un message que l’Organisation des Nations Unies a fait sien en instituant une journée internationale le 16 mai qui célèbre le respect et l’écoute d’autrui dans un esprit de paix et d’harmonie.

Je ne peux terminer ce discours sans une pensée particulière pour les enfants présents avec nous aujourd’hui, élèves du lycée international et de l’école primaire Alexandre Dumas, de la petite école d’Hydra, de l’école italienne Di Roma, et de l’école russe, ainsi que pour leurs enseignants et encadrants. Sans leur présence, le mot « Paix » n’aurait pas eu la même profondeur. C’est par les liens intergénérationnels que prendront force les valeurs d’humanité et de fraternité.
Je vous remercie.

publié le 15/11/2018

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