Interview de Pierre Gattaz, président du MEDEF, par Liberté [ar]

Vous vous apprêtez à effectuer une visite de travail en Algérie. Pourriez-vous nous résumer les objectifs que vous assignez à ce déplacement et qui vous allez rencontrer ?

Pierre Gattaz : La délégation que je conduis au côté de Jean-Louis Chaussade, directeur général du Groupe Suez et président du conseil des chefs d’entreprise France-Algérie de Medef International, est l’une des plus importantes délégations d’entreprises françaises présente en Algérie depuis 10 ans. Les 70 personnes qui m’accompagnent représentent plus de 50 entreprises de toutes tailles - grands groupes, ETI, PME - et de tous secteurs : services, infrastructures, énergie, eau, environnement, aéronautique et services urbains. Notre visite a trois objectifs : valoriser nos talents respectifs, renforcer notre partenariat économique et répondre aux aspirations de la jeunesse. Valoriser nos talents pour co-construire l’avenir en mettant l’entrepreneuriat au cœur de notre relation. Intensifier notre partenariat économique en l’étendant à de nombreux chantiers. Enfin, il faut donner des perspectives à la jeunesse, et cela passe par la formation. La formation est prioritaire, c’est le socle du développement économique, a fortiori dans une économie de la connaissance et mondialisée. C’est dans cet esprit que je rencontrerai les étudiants de l’Ecole supérieure algérienne des affaires. La jeunesse algérienne et la qualité de sa formation sont l’un des atouts essentiels de l’Algérie. Nous serons également reçus par le Premier ministre et des membres de son gouvernement et nous rencontrerons les principaux décideurs publics et privés. Nous souhaitons notamment redéfinir et redynamiser le partenariat du Medef avec son homologue algérien, le Forum des Chefs d’entreprise (FCE). Un programme très dense qui illustre notre volonté de renforcer les liens entre nos deux pays.

L’Algérie et la France se sont engagés pour un partenariat d’exception. Comment cet engagement est-il traduit au niveau économique ? Quel est l’état de la relation économique entre les deux pays actuellement ?

Pierre Gattaz : La relation économique entre l’Algérie et la France est très dense. L’Algérie est un partenaire économique majeur pour notre pays : la France est le premier investisseur étranger en Algérie en dehors du secteur des hydrocarbures, avec un stock d’investissements de 2,3 milliards d’euros. L’intérêt des entreprises et des milieux économiques français pour l’Algérie est très fort. Il y a actuellement 500 entreprises françaises sur le sol algérien représentant 40 000 salariés et générant plus de 100 000 emplois indirects. Mais nous pouvons faire plus. Nous voulons donner un nouveau souffle à nos relations économiques, les intensifier en développant de nouvelles coopérations ambitieuses, notamment sur les filières d’avenir.

Quelle est la contribution du MEDEF à l’accroissement des investissements français en Algérie ?

Pierre Gattaz : Au cours de notre visite, nous allons rencontrer nos homologues du FCE. Nos deux organisations vont signer un accord afin de renforcer les relations entre les entreprises françaises et les entreprises algériennes. Nos objectifs sont identiques : nous avons la même volonté de développer ensemble une économie globale et durable en mettant les entreprises au cœur de l’économie. Les entreprises sont le moteur de l’économie. Nous souhaitons également apporter notre expertise dans le développement de l’entrepreneuriat qui est un gage de développement économique.

Le courant d’affaires entre les deux pays n’est pas au niveau qui devait être le sien. Y aurait-il des obstacles ? Quels sont-ils et à quel niveau se situent-ils ?

Pierre Gattaz : Les mesures prises par le gouvernement algérien à la suite de la baisse du cours du pétrole génèrent des lourdeurs qui freinent les investissements. Ces mesures de protection économique sont nécessaires et nous les comprenons. Mais la façon dont ces mesures sont mises en œuvre peut faire l’objet de discussions : comment fait-on pour financer l’économie algérienne et diversifier l’économie ? Comment préserver l’attractivité de l’Algérie pour les entreprises qui souhaitent investir ? Les entreprises françaises qui investissent et souhaitent investir en Algérie veulent le faire dans la durée. Elles ont besoin pour cela d’une plus grande clarté dans le dialogue avec l’administration, de simplification des procédures douanières et de clarification sur les exigences à l’importation. Et nous devons, nous aussi, attirer plus d’investissements algériens en France.

Comment voyez-vous l’apport des chefs d’entreprises français à la diversification et à la modernisation de l’économie algérienne ?

Pierre Gattaz : Nous saluons la volonté du gouvernement algérien d’initier des programmes de diversification économique. La remontée actuelle des cours du pétrole ne doit pas détourner de cet objectif. La diversification de l’économie est un gage de développement durable et stable. Je pense notamment à la montée en gamme de l’économie et au développement des filières d’avenir. Sur tous ces chantiers très prometteurs, les entreprises françaises ont une expertise reconnue qu’elles peuvent apporter aux acteurs économiques algériens sous la forme de partenariats incluant la formation, avec un taux d’intégration locale important. Le développement des filières d’avenir est une réelle opportunité, qu’il s’agisse du numérique, de la transition énergétique, des villes intelligentes et de la formation. La formation est prioritaire, c’est le socle sur lequel repose la diversification. Elle est aussi la clé de voûte de la montée en gamme, c’est vrai pour tous les pays. L’Algérie a une richesse évidente, c’est sa jeunesse dynamique et entreprenante. Il faut répondre aux besoins de cette jeunesse qui a de très bons acquis initiaux en lui offrant des perspectives d’avenir. Nous voulons faire la même chose en Algérie qu’en France : développer l’employabilité des jeunes afin de leur permettre de rebondir et de faire face aux grandes mutations.

publié le 07/02/2018

haut de la page