Réception de départ de l’Ambassadeur Bernard EMIÉ

Intervention de M. Bernard EMIÉ
Ambassadeur, Haut Représentant de la République Française en Algérie
à l’occasion de sa réception de départ


Alger, mercredi 21 juin 2017

Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Monseigneur,
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs, Cher Jean-Baptiste,
Chers amis,
Chers compatriotes

Merci Jean-Baptiste, pour vos mots et pour vos messages qui me touchent profondément.

C’est la gorge serrée et avec une grande émotion que ma femme et moi-même vous recevons aujourd’hui pour la dernière fois à la Résidence des Oliviers pour vous dire au-revoir. Nous avons souhaité rassembler des personnalités, des amis, des compatriotes, des collaborateurs de l’Ambassade proches avec lesquels nous avons passé des moments exceptionnels au cours de notre Ambassade en Algérie. Des moments exceptionnels aussi dans ces lieux dont nous garderons un souvenir très fort.

Je le dis souvent, mais quelle fierté pour un diplomate français d’avoir l’honneur de représenter la France en Algérie, ce pays stratégique, essentiel, fondamental pour la France ! Quel honneur de le faire en vivant dans cette Résidence qui abrita le général de Gaulle et sa famille, lorsqu’il dirigea la France combattante ! Quel honneur de résider ici dans le droit fil de grands Ambassadeurs que furent Jean-Marcel Jeanneney, Georges Gorse, François Scheer, Hubert Colin de Verdière, Daniel Bernard, Bernard Bajolet et tant d’autres, cette Résidence qui, depuis 1962, symbolise la présence française en Algérie, cette Résidence que j’ai souhaité faire mieux connaître en faisant réaliser un livre d’art après sa re-décoration par le service du Patrimoine du Quai d’Orsay, son architecture , son histoire et la présence du général de Gaulle.

Alors ce soir je ne ferai pas un bilan complet de ces trois années denses et fortes en Algérie mais je relèverai quelques temps forts.

- Cette visite présidentielle de juin 2015 relançant la dynamique du partenariat d’exception ;
- les deux visites de Premiers ministres, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, pour des moments de grande intensité bilatérale, ces dizaines de ministres algériens en France et ces dizaines de ministres français en Algérie venus avec précision et engagement, développer nos relations bilatérales. Les deux visites du Président de l’Assemblée nationale et celle de septembre 2015 du président du Sénat, pour la première fois depuis près de 20 ans !

Et puis, ces résultats spectaculaires dans le domaine politique avec un travail étroit en commun sur des dossiers aussi sensibles que le Mali avec les accords d’Alger en juin 2015, ou la Libye avec la convergence sur la nécessité d’un agenda unique pour trouver une solution politique.

Au plan économique avec les investissements précurseurs de Renault à Oran en septembre 2014, de Sanofi, de Bel, d’Alstom à Annaba et demain de PSA, afin de créer des emplois, créer de la valeur ajoutée sur place, créer du partenariat gagnant-gagnant.

Dans le domaine de la coopération avec la multiplication des accords de coopération universitaire, la relance de l’Ecole supérieure des Affaires d’Alger, désormais première Business School en Algérie et dans le classement des 100 premières mondiales.
-  La diffusion de notre culture et la valorisation de nos partenariats avec nos 5 Instituts français plus rayonnants que jamais et se projetant hors les murs et ma France invitée du SILA fin 2015 pour la première fois.
-  Avec le Lycée International Alexandre Dumas, en rénovation et en extension, et maintenant deux prochaines antennes dont l’une ouvrira à Oran dès septembre 2017, l’autre à Annaba en septembre 2018. Avec à Annaba un Institut français reconstruit et rénové qui ouvrira aussi en fin d’année.

Autant de résultats concrets qui permettront, dans la durée, de renouveler notre coopération. Des gestes majeurs aussi dans le dossier de la Mémoire.
Des instructions données directement au moment de ma nomination par le Président et Laurent Fabius. Un courage et un engagement des deux côtés avec des gestes historiques dans le domaine de la mémoire. En avril 2015, notre Secrétaire d’Etat, Jean-Marc Todeschini, premier membre d’un gouvernement français à s’incliner en hommage aux victimes des massacres du 8 mai 1945. Quelques mois auparavant, le drapeau algérien flottaitt pour la première fois au cours du défilé du 14 juillet 2014, avant la première visite depuis l’Indépendance du ministre des Moudjahidine en France début 2016.

Des pas essentiels, des pas prolongés par les déclarations du candidat à la présidence de la République Emmanuel Macron sur les méfaits de la colonisation lors de sa visite à Alger en février. Un Président Macron aujourd’hui qui veut encore accélérer le rythme et les ambitions de nos relations comme il l’a dit au Président Bouteflika.

Oui, Mesdames et Messieurs, un bilan que je revendique avec toute mon équipe rassemblée autour de moi. Et c’est cette formidable équipe aussi que je souhaite saluer ce soir, des collègues engagés, des collègues au travail, des collègues « en marche » dirais-je aujourd’hui et qui autour du commandant du bâtiment « Ambassade de France » que je suis, a réussi à produire autant de résultats. Je souhaite bon vent à toutes celles et tous ceux d’entre vous qui vont quitter le navire en même temps que moi pour voguer vers d’autres aventures, mais aussi beaucoup de succès pour ceux qui vont rester en Algérie pour accueillir mon successeur et ami Xavier Driencourt, bien connu ici pour avoir été Ambassadeur de 2008 à 2012 et lui permettre de réussir.

Vous avez été les acteurs d’une relation unique au monde et essentielle pour notre pays, au même titre que notre relation avec l’Allemagne.

Au cours de cette période, beaucoup d’émotion, beaucoup de tristesse aussi avec l’assassinat de notre compatriote Hervé Gourdel, quelques jours après mon arrivée en septembre 2014, avec le terrorisme montant en Europe et en France, et je pense aux victimes des attentats de janvier 2015, de l’été 2016, de l’année 2017, combien de fois ai-je eu à accueillir nombre d’entre vous à l’Ambassade pour signer les registres de condoléances ! Combien de fois avons-nous partagé ces émotions, vous qui savez ce que signifie le terrorisme que vous avez vécu dans votre chair au cours de la décennie noire, et trop souvent dans l’isolement ou l’indifférence de la communauté internationale. Mais ensemble, nous vaincrons le terrorisme et nous resterons unis, et continuerons de travailler en étroite coopération avec nos partenaires, et notamment avec l’Algérie.

Avec Isabelle, nous avons créé des amitiés fortes, des amitiés qui vivront après notre départ d’Algérie, des amitiés qui nous ont donné des moments extraordinaires et fait découvrir des personnes exceptionnelles. Alors oui, même si je ne l’ai pas fait assez, j’ai eu l’immense plaisir de pouvoir découvrir ce pays si splendide et séduisant qu’est l’Algérie. Des hauteurs d’Alger jusqu’au pèlerinage du Père de Foucauld à l’Assekrem. Des palmeraies de Biskra aux mosquées de Tlemcen et aux coupoles d’El Oued. De Tipaza jusqu’à la basilique d’Hippone à Annaba, cher Mgr Paul Desfarges. De de Notre-Dame d’Afrique à Notre-Dame de Santa Cruz, cher Mgr Jean-Paul Vesco. De la côte de Mostaganem jusqu’au monastère de Thibbérine. Des plaines de Blida jusqu’aux ponts suspendus de Constantine. De Ghardaïa jusqu’au port de Bejaïa, combien de sites, combien de fois ai-je eu l’honneur et le bonheur de parcourir et de découvrir l’Algérie !

Alors toutes et tous, soyez remerciés pour tout ce que vous nous avez apporté, expliqué, aidé à décrypter. Nous ne serons plus les mêmes après ce séjour en Algérie et ce pays restera un des grands moments de notre carrière ! Ce poste nous l’avons vécu ensemble avec Isabelle que je remercie de nouveau pour son constant soutien et la manière dont elle m’a aidé ici, dans mon action quotidienne. Merci à elle, merci à toute mon équipe, merci à vous tous. Vous nous manquerez terriblement mais nous nous reverrons, je le sais. Je vous remercie.
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publié le 03/07/2017

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