Discours de Gérard Collomb au colloque Préfets – Walis

Monsieur le Ministre, cher Noureddine BEDOUI
Monsieur le Secrétaire général du MICLAT,
Messieurs les Walis,
Messieurs les Préfets,
Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux d’être ici, en Algérie, dans un pays que je connais bien pour m’y être rendu à de nombreuses reprises dans le cadre de mes fonctions antérieures, un pays dont j’aime le dynamisme, la culture, les paysages.

C’est évidemment un plaisir tout particulier de vous retrouver, cher Noureddine BEDOUI.
Nous nous sommes connus en 2006 – j’étais Maire de Lyon, vous étiez Wali de Sétif.
Nous sommes désormais tous deux Ministres de l’Intérieur, dans nos pays respectifs.
Et je crois que notre relation ancienne constitue un atout fort pour construire l’avenir entre nos deux pays.

Car c’est bien cela dont il s’agit aujourd’hui !
Nous appuyer sur les liens anciens unissant la France et l’Algérie, sur cette Histoire parfois douloureuse mais qui confère à la relation entre nos deux pays un caractère unique, pour relever ensemble les défis de ce siècle.

Depuis 2012 et la signature de la déclaration d’Alger, nos coopérations se sont amplifiées, renforcées.
Au niveau de la société civile, un Comité mixte économique franco-algérien se réunit régulièrement.
Au niveau politique, un Comité intergouvernemental de haut niveau (CIHN) se tient chaque année avec les principaux ministres algériens et français.
Enfin, vous l’avez vu, la visite du Président de la République le 6 décembre dernier était la visite d’un ami de l’Algérie.
L’ensemble de ces contacts doivent nous conduire à des avancées concrètes.

Ainsi, à l’occasion du Comité intergouvernemental auquel, le 7 décembre dernier, le Ministre BEDOUI et moi-même avons participé, nous avons évoqué ensemble les enjeux de sécurité au Sahel.
Et je tiens à saluer l’engagement de l’Algérie sur ces questions. Je pense à son rôle central pour la paix au Mali. Je pense aussi à son appui au processus conduit par les Nations unies pour la stabilisation de la Libye. Ces efforts sont essentiels pour contribuer à faire reculer le terrorisme dans la région, afin de faire en sorte que ne s’établissent pas des zones de non-droit, au détriment des Etats, des populations, et de la paix.

Ces zones de non-droit favorisent des trafics divers. Trafics d’armes, de contrefaçons, mais aussi des trafics de migrants. L’Algérie et la France doivent renforcer la coordination pour mettre en échec les réseaux de passeurs qui, aujourd’hui, prospèrent sur la misère humaine en faisant trafic des êtres humains.

Nous avons aussi travaillé sur nos coopérations en matière économique.
Aujourd’hui, l’Algérie est le 1er partenaire commercial de la France en Afrique et les entreprises françaises génèrent directement et indirectement 100 000 emplois en Algérie.
Nos deux destins sont donc liés, et il nous faut susciter toujours davantage d’investissements croisés.

Cette même réunion du 7 décembre a enfin été l’occasion de faire le point sur nos coopérations éducatives et culturelles.
Elles sont nombreuses ! Et comment ne pas citer le programme de bourse PROFAS, qui permet à des étudiants algéro-français de financer leur cursus de part et d’autre de la Méditerranée.
Mais elles mériteraient d’être encore renforcées, et c’est l’objet des discussions en cours pour créer en Algérie, des institutions des sciences et techniques appliquées (ISTA), ainsi qu’une école supérieure algérienne des affaires, un projet relancé par le Président Macron.

Oui, Mesdames et Messieurs, pierre après pierre, nous renforçons donc nos coopérations, nous faisons en sorte, dans un contexte international incertain, de créer entre la France et l’Algérie un pôle de stabilité, de prospérité et de développement de part et d’autre de la Méditerranée.

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Mesdames et Messieurs,

Nos coopérations sont économiques, éducatives, culturelles.
Avec le Ministre BEDOUI, nous voulons qu’elles soient également institutionnelles.
Car même si les contextes historiques, géographiques, politiques, sont bien évidemment différents entre nos deux pays, nos défis sont souvent les mêmes, et nous avons donc beaucoup à apprendre les uns des autres, beaucoup à apprendre de la manière dont nos Etats s’organisent pour y faire face.

C’est tout l’objet de ce séminaire entre Préfets et Walis qui nous réunit aujourd’hui.
Echanger nos pratiques sur la gouvernance, sur la mise en œuvre, dans nos territoires des programmes de réformes, qu’en France comme en Algérie, nous engageons.

***

Trois thématiques seront spécifiquement abordées durant cette journée.

1) A commencer par la question de l’attractivité et du développement économique.
Il s’agit évidemment d’un sujet majeur.
Pour la France bien sûr, qui met en œuvre depuis quelques mois et même quelques années une série de réformes destinées à adapter son cadre réglementaire et fiscal à la nouvelle donne de l’économie mondialisée.
Pour l’Algérie également, qui a engagé un plan ambitieux de modernisation de son économie.

Pour nos deux pays, si les situations varient, la clé est la même : il s’agit d’actionner le double moteur de l’investissement public et de l’investissement privé.

Investissement public, pour permettre la montée en compétences de la population mais aussi la montée en gamme des infrastructures – et de ce point de vue, je sais l’effort considérable engagé par l’Algérie tant sur le plan des transports que sur le plan énergétique.
S’agissant de la France, le préfet Pierre DARTOU, qui fut entre 2008 et 2010 délégué à l’aménagement du territoire vous dira quelques mots de notre stratégie.

Il faut aussi actionner le moteur de l’investissement privé, ce qui suppose, outre le cadre réglementaire et fiscal que j’évoquais, qu’au plan local, les représentants de l’Etat – préfets en France, walis en Algérie – puissent définir des stratégies claire, faire des choix en matière de spécialisation de tel ou tel secteur, et in fine créer sur les territoires dont ils ont la charge des écosystèmes attractifs pour les entreprises.
De ce point de vue, la politique des pôles de compétitivité que nous mettons en place en France depuis plus de dix ans et qui permet d’unir grands groupes, centres de recherche et PME appartenant à un même domaine d’activité, a abouti à des résultats encourageants.
Elle peut, pour une Algérie de plus en plus innovante et ancrée dans l’économie de la connaissance, constituer une réelle source d’inspiration.

2) Le second sujet qui sera évoqué lors de ce séminaire, c’est la gouvernance des grandes aires urbaines.
Là aussi, question déterminante !

Nous vivons en effet dans un monde structuré par quelques centaines de grandes villes entre lesquelles se développent la majorité des flux financiers, économiques, mais aussi humains et culturels.
Le défi pour chaque pays est donc de faire émerger une ou plusieurs cités en mesure de faire partie de ce réseau, en mesure de rayonner sur la scène internationale.

Un critère déterminant pour y parvenir est la mise en place de pouvoirs urbains forts, capables de mettre en œuvre des stratégies d’urbanisme, de logement, de transports et de développement économique cohérentes et s’inscrivant dans la durée.
Je sais qu’ici, en Algérie, vous y travaillez et que, sous la double impulsion des Maires et des Walis, des cités comme Alger et, dans une moindre mesure, Sétif ou Oran, connaissent de profondes mutations et sont en passe de devenir de grandes métropoles.

Pour ce qui est de la France, nous avons, ces dernières années, fait évoluer nos institutions.
La loi MAPTAM de janvier 2013, a ainsi créé une quinzaine de métropoles – 22 à l’heure actuelle - dotées de compétences larges.
Comme s’y était engagé le Président Macron durant la campagne électorale, nous réfléchissons à faire émerger quelques métropoles encore plus intégrées, sur le modèle de que nous avons mis en place à Lyon.
Par ailleurs, nous travaillons également sur une réforme de la gouvernance de l’agglomération parisienne afin de permettre à notre capitale de tenir sa place parmi les villes-monde.

Ma conviction profonde est que ce mouvement de métropolisation est un mouvement puissant, qui vient de loin et que, de part et d’autre de la Méditerranée, il nous faudra, dans les temps à venir, continuer à l’accompagner sur le plan institutionnel.

3) Votre troisième axe de réflexion sera enfin, Mesdames et Messieurs, la gestion de crise, en particulier dans ses aspects communicationnels.

Ces derniers mois, ces dernières années, la France a hélas été confrontée à des catastrophes majeures, qui ont conduit certains préfets à développer une vraie expérience en la matière.

Chacun pense évidemment aux attentats terroristes qui ont endeuillé notre pays.
Mais nous avons aussi dû faire face à des événements naturels extrêmes –je pense aux feux de forêt qui ont marqué l’hexagone au début de l’été, je pense à l’épisode cyclonique qui a marqué les Antilles à la fin du mois d’août.

On le sait, face à de telles situations, les décisions que l’on prend, les instructions que l’on donne, dans les premières minutes, dans les premières heures, sont souvent déterminantes et ce encore plus depuis l’émergence des fake news qui, diffusées sur les réseaux sociaux, peuvent provoquer la panique et empêcher une activité sereine des forces de sécurité et de secours.
C’est pourquoi je crois que l’échange d’expertise en ce domaine sera particulièrement précieux pour les préfets comme pour les walis.

En situation de crise, il faut agir et bien agir dans l’instant.
Mais l’efficacité une la gestion de crise dépend avant tout de la capacité à anticiper, à planifier.

De ce point de vue – et je pense en particulier au domaine de la protection civile – la France a développé des savoir-faire reconnus partout dans le monde.
Monsieur le Ministre, c’est naturellement que nous apportons notre concours à la formation des autorités algériennes sur ce sujet crucial, en particulier dans un pays - l’Algérie - fortement exposé, par son climat, aux incendies.

***

Mesdames et Messieurs,
Il y a ce séminaire, que nous espérons utile et qui est amené à se reproduire ici, à Alger ou à Paris.
Mais, pour être pleinement efficaces, les coopérations entre nos administrations doivent s’inscrire dans la durée.

C’est pourquoi, nos services d’inspection respectifs (IGA et service d’inspection des walis) ont engagé un cycle de coopérations intense, portant notamment sur l’audit et l’analyse des risques de l’action administratif.
C’est pourquoi aussi de nombreux cadres du MICLAT ont pu bénéficier de formations à l’ENA ou au CNFPT.
C’est pourquoi encore les stages d’immersion effectués depuis 2017 par les étudiants de l’ENA algérienne dans nos grandes collectivités.

L’Association française du corps préfectoral a par ailleurs initié récemment le lancement d’une association du corps préfectoral et des représentants de l’Etat francophones.
Je crois que ce serait là un beau symbole, Monsieur le Ministre, si l’Algérie s’inscrivait parmi les membres fondateurs.

Mesdames et Messieurs,
Un des plus grands historiens français, Fernand BRAUDEL, qui, dans sa thèse, a théorisé l’unité de civilisation entre les deux rives de la Méditerranée, écrit :
« L’histoire est toujours se faisant, se dépassant. […] Il n’y a pas de livre écrit une fois pour toutes. »

Oui, nous avons aujourd’hui à écrire ensemble non seulement une nouvelle page de l’Histoire entre la France et l’Algérie, mais aussi une nouvelle page de l’Histoire de l’arc euro-méditerranéen, et, d’une certaine manière, une nouvelle page de l’Histoire du monde.

Je vous remercie.

publié le 25/03/2018

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