Hommage à Mgr Henri Teissier par l’Ambassadeur François Gouyette [ar]

Monseigneur,
Mesdames et Messieurs les hauts représentants de l’Etat algérien,
Mesdames et Messieurs membres de la famille de Mgr Teissier,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Merci de me donner la parole en ce jour d’hommage officiel à Mgr Henri Teissier, en la basilique Notre Dame d’Afrique, qui était sa maison et sera sa dernière demeure, conformément à ses volontés.

Alors que cette année s’achève, il y a dans l’air l’idée que nous vivons un âge sombre, que le monde décline, que nos valeurs s’érodent et que le désastre guette. L’on s’interroge. Monseigneur Teissier nous recommanderait alors d’aller puiser dans l’histoire de l’Algérie, pour nous souvenir que nous apprenons ensemble de nos traversées. Il nous appellerait à ne pas renoncer et à ne pas davantage nous laisser paralyser par un sentiment de fatalité.

Monseigneur Teissier avait la foi pour boussole et l’amour de son prochain pour gouvernail. Disciple de l’Evangile, il a consacré sa vie à ces liens qui se tissent d’un peuple à l’autre et au dialogue qui refuse de s’éteindre. Il a ainsi créé un espace de tolérance et de confiance, propice à une compréhension de l’altérité. Combattant de la paix, il proposait un chemin où les différences incitent à regarder le monde autrement, au-delà de nos certitudes, sous une lumière nouvelle.

Quand les hommes doutent de leurs destins communs, quand ils se cherchent à tout prix des différences pour mieux s’éloigner les uns des autres, la vie d’Henri Teissier est plus que jamais une extraordinaire inspiration.

Discours de l'Ambassadeur François Gouyette lors de la cérémonie d'hommage à Mgr Henri Teissier à la basilique Notre-Dame d'Afrique - JPEG

Fils de militaire, il a toute sa vie fait siennes les armes de la parole, de l’exemplarité, et de la paix pour porter son message – « As-Salam ». Monseigneur Teissier parlait l’arabe et sa main est restée tendue inlassablement, pour briser les silences, aller au-delà de ce qui sépare les hommes, rechercher l’unité, pour que vive avec force la voix de l’Eglise. Apprendre la langue de l’autre exige de la patience. Henri Teissier en était doté, lui qui s’est consacré, toute sa vie, au langage commun qui lie les hommes et Dieu. Il était ainsi l’apôtre du dialogue interreligieux, un passeur, un habile traducteur des croyances qui se rejoignent, grand connaisseur à la fois de la doctrine chrétienne et de l’islam.

Monseigneur Teissier n’a jamais renoncé à la terre d’Algérie, même lorsque ce choix le mettait en danger. Pour lui, qui avait décidé de partager le destin du peuple algérien, le départ n’était pas concevable. Il aurait pu craindre le chaos de l’époque, perdre pied ou se laisser aller à la peur. Mais il est resté. Où a-t-il alors puisé la force de ce courage ? En sa foi, infaillible, et en l’amour indéfectible qu’il portait à cette terre et à ceux qui y vivent. La vie de Monseigneur Teissier était ici, en Algérie, auprès des « petits », entouré de ceux qui avaient placé en lui leur confiance, et voyaient en lui un père. Tant de témoignages le disent désormais : Henri Teissier a protégé et sauvé des amis algériens, des journalistes, des intellectuels, et des anonymes aussi, menacés par les terroristes, en les recueillant auprès de lui. Il se voulait, comme Charles de Foucauld, « le Frère universel », frère des hommes de toutes les origines et confessions. Monseigneur Teissier s’est d’ailleurs éteint en l’exact jour de la fête du Bienheureux Charles de Foucauld, le 1er décembre.

Quiconque a eu la chance de croiser son chemin sait que l’on sortait bouleversé d’une rencontre avec Mgr Teissier. Mais peut-être cela ne suffit-il pas à lui rendre tout à fait hommage. De son existence, nous pourrions retirer un prodigieux impératif : nos mouvements engagent les autres. L’exemple s’impose en nous, comme une évidence. Lorsque les appuis vacillent, lorsque l’horizon s’obstrue, chacun de nos comportements compte. L’enjeu n’est pas le bien ou le mal, ni le respect d’une autorité, mais au contraire, l’idée qu’il existe en chacun de nous une boussole qui nous rend autonome. Peut-être, afin de nous montrer dignes de son héritage, pourrions-nous nous demander, à l’aune de sa vie, quelles actions chacun souhaite voir devenir universelles. Poursuivons l’œuvre et le rêve de Monseigneur Teissier, ensemble, vers plus de respect de l’autre, dans la différence et dans la dignité.

Que les mots de Mgr Teissier, donnés il y a quelques années, concluent cet hommage :« Partout où nous sommes ensemble, cherchons la fraternité et la constructionde passerelles qui permettent de montrer que l’Humanité n’est pas nécessairement regroupée dans des camps hostiles les uns aux autres. Montrons, au contraire,qu’il y a beaucoup à faire pour chercher un avenir commun ».

Que Monseigneur Henri Teissier repose en paix, dans ce pays où il compte tant d’amis. Sa mémoire vivra, en Algérie comme en France, où lui est rendu un hommage fraternel.

Je vous remercie.

Discours de l'Ambassadeur François Gouyette lors de la cérémonie d'hommage à Mgr Henri Teissier à la basilique Notre-Dame d'Afrique - JPEG

publié le 09/12/2020

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