Interview de l’Ambassadeur au Quotidien d’Oran

Economie, visas Schengen, construction automobile, immigration, Sahara occidental, le Sahel et la question israélo-palestinienne, l’ambassadeur de France à Alger, M. Xavier Driencourt, est revenu, au cours de cette interview exclusive accordée au quotidien d’Oran, sur les principales actualités communes aux deux pays. Avec son franc parler habituel, le diplomate français, dont c’est le deuxième passage en Algérie, a évoqué, entre autres sujets, le dossier des visas délivrés par la France, expliquant les nouveaux mécanismes mis en place qui ont donné l’impression aux Algériens d’un durcissement dans les conditions d’octroi des visas.

Il tient à infirmer, à ce propos, toute instruction du Quai d’Orsay sur la limitation du nombre de visas délivrés aux Algériens.

La coopération économique algéro-française est dense et conséquente. Elle reste cependant en deçà de ce qu’elle pourrait être. D’après vous qu’est-ce qui mériterait encore d’être pris en charge pour que cette coopération soit au niveau des attentes des deux peuples qui ont en partage une histoire et une culture commune ?

Je dirai plusieurs choses. D’abord, la relation économique entre deux pays aussi importants que la France et l’Algérie ne se décrète pas : c’est le résultat d’une histoire, de liens qui ont été tissés entre personnes, entre entreprises, entre groupes industriels, donc à la fois le fruit d’un ensemble de relations et de l’histoire.

Deuxièmement - j’utiliserai une métaphore puisque nous sommes en période d’examen et de résultats – je dirai que les relations économiques algéro-françaises sont « bonnes mais qu’on peut mieux faire ». Elles sont bonnes parce qu’il y a beaucoup de projets.Par rapport à mon premier séjour, il y a cinq ans, je constate qu’il y a eu beaucoup de nouveaux projets qui ont été réalisés entre 2012,à mon départ d’Alger, et aujourd’hui.

Dans le même temps, les deux pays ont établi un mécanisme et des structures qui permettent de développer cette coopération : le COMEFA (Comité économique mixte algéro-français, ndlr),le CIHN (Comité intergouvernemental de haut niveau, ndlr) qui n’existaient pas il y a quelques années. Le socle institutionnel, administratif et juridique qui permet de développer la coopération existe bel et bien. Ensuite, je disais « peut mieux faire »parce que nous sommes encore le deuxième partenaire économique de l’Algérie, ce qui n’est pas négligeable, mais en même temps nous pouvons mieux faire parce que la Chine est en première position et qu’il y a des secteurs dans lesquels nous sommes absents, je le déplore. Je voyais ce matin en venant dans le train Alger-Oran, des constructions partout et malheureusement nous sommes absents du secteur du BTP. Ce sont nos amis chinois, turcs et coréens qui dominent ce marché, je le regrettais déjà il y a quelques années et je le regrette toujours aujourd’hui parce que ce sont des secteurs où la France a de grands groupes industriels tels que Bouygues, Vinci et Eiffage pour ne citer qu’eux, qui sont peu présents en Algérie et c’est dommage. Cependant, la France est aussi un investisseur important en Algérie avec plus de 400 entreprises françaises qui créent des emplois.

Nous sommes quand même très présents dans le paysage économique algérien et il faut dynamiser encore cette relation. Je pense que les années à venir, pendant le quinquennat du Président Macron, comme il l’a dit en décembre dernier, permettront de donner une dynamique, une impulsion à ces échanges comme il est en train de donner une dynamique et une impulsion au développement économique en France. Voilà, je reconnais que tout cela n’est pas simple.

Pour revenir au secteur du BTP, quelle est la raison principale de l’absence de la France en Algérie ?

Je ne suis pas un spécialiste du BTP, mais il me semble qu’il y a une raison principale : incontestablement, les Chinois et les Turcs sont plus compétitifs et sans doute beaucoup moins chers. En Europe, et pas seulement en France, le coût de la main d’œuvre est plus élevé, c’est un fait objectif.

Le coût de la main d’œuvre fait que si on fait construire un hôpital par une entreprise française,il coûtera plus cher qu’un hôpital construit par une entreprise chinoise qui importe souvent de la main d’œuvre.

Mais il existe des entreprises européennes installées en Algérie comme les entreprises espagnoles ou portugaises.

Oui, mais dans le passé, il y a eu peut être des difficultés avec certains groupes industriels français qui sont aujourd’hui un peu réticents ou hésitants. C’est comme ça, on ne refait pas l’histoire, c’est la réalité.

Quel est votre avis sur les différentes récriminations faites à l’encontre des constructeurs automobiles français installés en Algérie qui se contenteraient d’opérer de formels assemblages des automobiles construites ailleurs et livrés en Algérie ?

J’entends effectivement, ici où là des critiques ou des récriminations contre des constructeurs français mais pas seulement français, sur le taux d’assemblage, d’intégration ou les prix. Je suis allé visiter, il y a quelques semaines, avec notre consul général, l’usine Renault à Oran.Je n’y connais rien en voitures mais je dirai que Renault et Peugeot PSA sont, aujourd’hui, parmi les tout premiers constructeurs automobiles mondiaux.

Renault-Nissan-Mitsubishi, puisque c’est une alliance globale, est le premier, si je ne me trompe pas, et Peugeot, qui était en grande difficulté il y a quelques années, a pu racheter aujourd’hui Opel.

Ils sont parmi les tout premiers constructeurs automobiles mondiaux et ils ne se sont pas faits du jour au lendemain, c’est-à-dire qu’il a fallu plus d’un siècle pour que Peugeot, qui construisait des moulins à poivre et des bicyclettes il y a un siècle, devienne, je crois, le huitième constructeur automobile mondial et aujourd’hui, avec Opel, est encore plus haut dans la hiérarchie.
Même chose pour Renault, avant la deuxième guerre mondiale, c’est une petite entreprise qui est devenue aujourd’hui le premier groupe mondial grâce à son alliance, donc il a fallu plus d’un siècle pour que ces groupes deviennent de grands constructeurs automobiles. J’allais dire, toutes choses étant égales par ailleurs, que pour l’Algérie cela prendra du temps également pour devenir un pays constructeur de voitures parce qu’on ne devient pas un constructeur automobile en un jour, en un mois ou même en une génération.

Encore une fois, il a fallu plusieurs générations à Renault comme à Peugeot pour qu’ils deviennent parmi les premiers groupes mondiaux. Ma conclusion, c’est donc qu’il faut faire confiance à Renault et à PSA pour participer avec fierté, avec dynamisme mais aussi avec foi, à l’essor de l’industrie automobile algérienne. Mais donnons-leur le temps.

La France n’est pas devenu un pays industriel en un mois ou une génération, donc n’accablons pas Peugeot et Renault, cette dernière entreprise ayant deux ans d’existence en Algérie et PSA n’ayant pas même encore construit son usine.

Laissons-les faire leur travail en Algérie. Ces groupes sont prêts à jouer le jeu de la construction automobile en Algérie parce qu’ils s avent que c’est un marché important pour eux.

Face à cette explication que vous nous donnez, on a l’impression que c’est un de nos ministres qui parle, parce que c’est la meilleure explication qu’on puisse donner…

Non, encore une fois je ne suis pas un spécialiste mais c’est une remarque de bon sens.

Est-ce que cette trajectoire que vous venez de tracer est la même qu’au Maroc ?

Renault a commencé au Maroc, il y a dix ans je crois, et c’est la même chose. Le Maroc n’est pas encore, à ma connaissance, une puissance automobile mondiale. Il n’y avait rien, il y a dix ans. Renault s’est installé à Tanger, et petit à petit, pas à pas, elle est en train de construire une industrie automobile au Maroc.

Renault est en Algérie depuis deux ans, donnons-nous rendez-vous dans huit ans pour voir où elle en sera. Encore une fois, il ne faut pas faire fi de l’histoire, Renault comme PSA se sont construits en plus d’une génération en France, et l’histoire de l’automobile en Algérie passera par des hauts et des bas, je crois que c’est du bon sens de dire cela.

Justement, et à ce propos, on a entendu dire qu’il y a toujours un problème au niveau du terrain qui doit abriter l’usine de Peugeot.

Xavier Driencourt. : Je vous renvoie à ce qu’a dit M. Quémard, le directeur général de Peugeot pour l’Afrique et le Moyen Orient.
Il est venu à Alger et à Oran et il a déclaré, dans une conférence de presse, avoir confiance…

Donc, officiellement, il n’y a aucun problème de terrain.

Ecoutez, je vois que c’est un problème d’expropriation mais je pense que le dirigeant de PSA qui est venu à Alger, qui a vu le ministre de l’Industrie, puis est venu à Oran et a eu différents contacts, est à même de se prononcer mieux que moi qui suis un simple fonctionnaire même si je suis ambassadeur.

Les Algériens constatent que depuis la mise en place de la nouvelle réglementation en matière de délivrance de visas, l’espace Schengen leur a été presque fermé. Nombreux sont ceux qui affirment que c’est là une réponse à la décision des autorités algériennes de limiter ces importations provenant d’outre Méditerranée. Qu’en est-il réellement ?

D’abord votre question comporte deux erreurs. Vous parlez de « l’espace Schengen est presque fermé », est-ce que l’on peut dire cela lorsque la France délivre 400.000 visas ? Moi, je n’appelle pas cela fermé. On ne peut pas dire que l’espace Schengen est fermé. Ni que L’espace français serait fermé puisqu’on délivre, encore une fois, 400.000 visas, et je vous rappelle qu’on en délivrait 200.000 en 2012 lorsque j’ai quitté Alger.

Et si vous ajoutez les autres consulats européens, L’Espagne en délivre presque 100.000 et l’Italie, environ 50.000, donc on arrive à un peu plus d’un demi-million de visas délivrés par ces trois pays qui ne représentent pas l’espace Schengen à eux seuls. La deuxième erreur est que vous laissez entendre que c’est en réaction à la limitation des importations des produits européens.

C’est la lecture de nos lecteurs, c’est eux qui disent ça.

Je suis là pour vous répondre, ni le Consul général, ici présent, dont c’est le métier de délivrer des visas, ni moi, dont ce n’est pas le métier de délivrer les visas, nous n’avons d’instructions en ce sens. Personne, à ma connaissance, ne nous demandede réduire le nombre de visas en réaction à la limitation des importations françaises. Je peux vous assurer que nous n’avons pas de telles instructions. Donc, il faut être très clair là-dessus ; c’est pour cela que je mentionnais deux erreurs et après avoir souligné ces erreurs, je vais répondre à votre question.

Mais avant cela, je dois ajouter qu’il y a une troisième erreur puisque vous dites qu’il y a une nouvelle réglementation en matière de délivrance de visas dans l’espace Schengen. Or il n’y a pas de nouvelle réglementation, mais la combinaison de plusieurs facteurs.

1/. D’abord, une évolution technique ou technologique, qui ne vaut pas encore pour Oran mais qui vaut pour Alger : c’est l’introduction en France pour l’Algérie mais pour l’instant c’est uniquement pour Alger, dans quelque mois ça sera également pour Oran et Annaba d’un logiciel qui s’appelle « France visa » et qui est une première étape avant le dépôt de la demande de visa. Je sais qu’à Alger, cela a donné le sentiment aux Algérois que c’est devenu plus compliqué pour eux de déposer un dossier visa parce qu’il faut à présent avant de prendre rendez-vous s’inscrire à travers un logiciel comme vous le faites quand vous allez aux Etats-Unis.

Le problème, c’est que les Algériens ne vont pas souvent aux Etats-Unis.

C’est une évolution technologique que l’on va avoir dans tous les pays du monde pas seulement en Algérie mais c’est une première étape vers la dématérialisation des dossiers. C’est-à-dire que dans quelques temps vous n’aurez plus à déposer un dossier papier mais vous ferez tout par informatique. Donc cela peut donner le sentiment que c’est plus compliqué.2/ La deuxième chose, c’est que nous avons changé de prestataire à Alger : nous sommes passés de TLS à VFS pour la prise de rendez-vous. À Oran, nous avons gardé, suite à un appel d’offres, TLS avec un nouveau marché, un nouveau contrat.

Ces deux éléments combinés font que la montée en puissance de VFS, à Alger a pris du temps, il y a eu des bugs informatiques et en conséquence il y a eu moins de visas délivrés en avril, mai et juin parce qu’il y a eu moins de dossiers déposés. Mais encore une fois, je vous redis que ni le consul général de France à Oran ni celui d’Alger n’ont reçu d’instructions pour limiter ou réduire le nombre de visas en réaction à des restrictions sur les importations et ce pour une raison simple, c’est qu’il n’y pas de quotas décidés à l’avance. Si un constructeur automobile peut dire en début d’année, qu’il va fabriquer 100.000 voitures, nous, nous ne disons pas que nous allons délivrer 200.000 ou 300.000 visas.

Nous regardons tous les dossiers individuellement. 3/ Enfin, vous savez qu’il y a un troisième élément : le paysage migratoire européen a changé et les pays européens, le Président de la République, le ministre de l’Intérieur en France sont, comme leurs homologues européens préoccupés par ce phénomène et par les migrations clandestines ; donc, effectivement, ils demandent aux consuls généraux de faire en sorte que les dossiers soient complets, sincères et réguliers. Il n’y a pas de remise en cause de l’immigration, il y a simplement un contrôle plus fin de l’immigration légale et régulière parce que, encore une fois, les autorités veulent lutter contre l’immigration clandestine en raison du changement du paysage migratoire en Europe. Donc, nous exigeons des dossiers complets, sincères et réguliers et ne pas obéir aux instructions du ministre de l’Intérieur ou des Affaires étrangères ne serait pas correct de la part des fonctionnaires que nous sommes. Puis, il y a eu, pour reprendre les propos de M. Messahel, le ministre des Affaires étrangères, un certain nombre de dépassements et les consulats sont amenés à contrôler davantage ces risques de dépassements. Nous avons expliqué tout ceci aux autorités algériennes : il y a eu une mission de hauts fonctionnaires du ministère de l’Intérieur, du directeur de l’immigration, du directeur de la police aux frontières qui sont venus, à Alger, expliquer cela pour dire qu’il n’y a pas de quotas ni de restriction mais qu’il y a des contrôles plus stricts pour des raisons dues au changement du paysage migratoire européen. À Paris, ces choses-là ont été expliquées à votre consul général et votre ambassadeur.

Un nombre important d’Algériens vivent et travaillent en France. Sont-ils menacés par les nouveaux dispositifs législatifs sur l’immigration en cours d’élaboration en France ?

Vous y allez fort si je puis me permettre. Il y a un projet de loi sur l’immigration et sur le droit d’asile qui a été présenté par M. Collomb, le ministre de l’Intérieur, et qui a été voté par l’Assemblée nationale mais pas encore au Sénat ; il est en cours de discussion.

C’est une loi sur le contrôle de l’immigration clandestine qui précise un certain nombre de choses relatives au droit d’asile pour réduire la durée de demande du droit d’asile et qui par ailleurs avantage les talents et les compétences pour les jeunes étudiants… C’est un projet de loi qui n’est pas discriminatoire ou attentatoire aux dispositions dont jouissent les Algériens qui sont installés régulièrement en France.

Au Sénat, il est question de verrouiller un peu plus le projet de loi.

Je vous ai dit, ce texte a été voté à l’Assemblée et le Sénat n’est pas dans la majorité présidentielle. Traditionnellement, Sénat et Assemblée nationale se renvoient un petit peu la balle, mais le dernier mot dans le droit constitutionnel français revient à l’Assemblée. Le texte va repasser à l’Assemblée nationale en septembre vraisemblablement.

Serait-il juste d’affirmer que l’aide en formation fournie par la France est principalement focalisée sur le domaine universitaire alors que le marché algérien du travail a un besoin criant de main d’œuvre qualifiée ?

Grégor Trumel (Conseiller de coopération et d’action culturelle, Directeur de l’Institut français d’Alger) : C’est vrai que la coopération universitaire et scientifique entre la France et l’Algérie est très importante. C’est d’ailleurs avec la France que l’Algérie a le plus de coopération dans l’enseignement supérieur et il y a 850 accords entre universités algériennes et françaises. Tous les ans, nous soutenons des dizaines de boursiers, surtout des doctorants, pour aller dans les laboratoires français puis revenir en Algérie et faire de la recherche appliquée. Mais ce n’est pas seulement de la recherche universitaire, c’est aussi une coopération centrée sur l’employabilité, c’est-à-dire sur la formation professionnelle des jeunes. Par exemple, nous travaillons avec l’entreprise Schneider et nous avons mis en place un centre d’excellence en électronique, situé à Blida, où on forme des jeunes. On va avoir un nouveau centre de formation à Sidi Bel Abbès ainsi qu’un autre sur les métiers de l’eau et de la thalassothérapie aux Andalouses. Nous allons aussi avoir, je l’espère, un centre de formation professionnelle avec Peugeot avec qui nous allons investir, à cette occasion, pour former les jeunes aux métiers de l’automobile.

Xavier Driencourt : Il y a à la fois le volet classique, que vous connaissez bien, qui sont les étudiants formés par les instituts français, par nos différentes écoles. Le deuxième volet, c’est la formation scolaire traditionnelle avec un lycée français à Alger et depuis l’année dernière une école à Annaba et à Oran. Puis le développement des centres de formation professionnelle, puisque le maître mot de cette coopération, c’est l’employabilité des jeunes.

Grégor Trumel : L’idée, c’est qu’ils soient formés ici puis en France par le biais de campus France, où on est passé de 15.000 en 2015 à bientôt 40.000 candidats, cette année. Mais le but est que ces jeunes reviennent après leur formation en France pour contribuer au développement de l’économie locale. Et j’ajoute une dernière chose : le projet dont nous sommes très fiers, ce sont les instituts supérieurs de technologie appliquée, les Ista, qui sont des formations universitaires courtes professionnalisantes. On a sept et bientôt dix Ista qui délivrent des licences professionnelles et qui sont toujours en adéquation avec le bassin d’emplois. On a aussi un Ista qui va ouvrir à Oran en partenariat avec l’USTO, soit cette rentrée universitaire soit l’année prochaine. Et puis je rappelle qu’on a les cinq espaces campus France.

C’est une nouvelle vision de Paris par rapport à Alger ?

C’est une adaptation peut-être. Je crois que chaque pays a ses caractéristiques propres. M. Trumel* va à Paris, la semaine prochaine, pour expliquer à tous les conseillers culturels dans le monde, la stratégie qu’il met en œuvre en Algérie. Mais la stratégie scolaire et universitaire, j’allais dire culturelle, qui est mise en œuvre en Algérie, n’est pas forcément la même que celle qui est en place aux Etats-Unis ni en Grande-Bretagne.

La France soutient peu ou prou les thèses marocaines contre le droit des résolutions des Nations Unies. Or ce conflit larvé paralyse les relations maghrébines : économiques, politiques sécuritaires. Ne pensez-vous pas que la position française n’est dans l’intérêt d’aucun pays maghrébin ou européen ?

La position française sur la question du Sahara occidental est bien connue, équilibrée et elle demeure inchangée.

La France soutient la recherche d’une solution juste, durable et mutuellement agréée, sous l’égide des Nations Unies et conformément aux résolutions du Conseil de sécurité. Nous soutenons, dans le cadre des paramètres fixés par le Conseil de sécurité, la médiation des Nations unies portée M. Horst KÖHLER, l’Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies.

Par ailleurs, nous pensons que le rapprochement entre l’Algérie et le Maroc est un élément important de stabilité du Maghreb et de prospérité pour ses populations.

La position algérienne a toujours été en faveur d’un règlement politique au Sahel qui tienne compte de la réalité économique sociale et politique de la région notamment au Mali. Faute de l’avoir ignorée la guerre est toujours là avec des flux migratoires chaotiques qui pèsent sur les pays méditerranéens sur les rives sud et nord. Quelle est votre analyse sur ce très grave sujet ?

Comme l’Algérie, la France partage l’opinion qu’il n’y aura pas de solution durable à la crise des migrants sans un effort pour résoudre les conflits et les problèmes de développement que connaît l’Afrique. Au Sahel, c’est notamment le sens de l’initiative des pays du G5 que la France soutient y compris dans son volet développement.

La situation en Libye est elle aussi un enjeu incontournable avec environ 800.000 migrants qui sont sur son territoire d’après les organisations internationales, avec tous les trafics et exactions qui se développent à l’encontre de ces populations vulnérables. C’est pourquoi le Président de la République a pris l’initiative de réunir les principaux acteurs libyens à Paris le 29 mai dernier pour qu’un pouvoir inclusif puisse émerger et permettre à l’Etat libyen de restaurer un fonctionnement plein et entier.

Au-delà de la crise libyenne, l’Europe a besoin d’une stratégie notamment à l’égard des pays d’origine des migrations. Si on n’est pas à ce rendez-vous-là, on ne règle pas la crise migratoire. C’est le sens de l’accord trouvé en juin par le Conseil européen. Comme l’a lui-même dit Jean-Yves Le Drian cet accord est « l’incarnation d’une Europe solidaire, responsable et digne ».

La situation proche orientale est encore dominée par le conflit israélo-palestinien. La France peut-elle et doit-elle jouer un rôle actif pour une résolution finale et juste de ce très vieux conflit ?

La France est prête à contribuer à tous les efforts crédibles pour relancer le processus de paix sur la base des paramètres internationaux agrées, devant conduire à la solution des deux États. Le Président de la République a d’ailleurs exprimé clairement la position de la France après les récentes décisions prises par l’administration américaine.

Le statut de Jérusalem doit être déterminé par des négociations entre Israéliens et Palestiniens, qui doivent conduire à un accord sur le statut final. C’est une position constante des membres de l’Union européenne d’affirmer que, dans ce cadre, Jérusalem devra être la capitale des deux États, Israël et la Palestine.

En l’absence d’accord, nous ne reconnaissons aucune souveraineté sur Jérusalem.

Par ailleurs, compte tenu de la situation instable sur le terrain, la France appelle toutes les parties et tous les acteurs régionaux à travailler ensemble à maintenir le calme.

*Conseiller pour l’éducation et la culture à l’ambassade.

publié le 22/07/2018

haut de la page