Discours de l’Ambassadeur à la fête du 14 juillet [ar]

Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Conseillers consulaires,
Mesdames et Messieurs,

Il y a tout juste un an, je vous disais ma joie de revenir ici, parmi vous, en Algérie. Je n’ai pas changé d’avis. J’ai retrouvé un pays que j’aimais, j’ai pu aussi le redécouvrir avec un œil nouveau. Il m’avait gardé bien des joies, des retrouvailles et des rencontres.
Nous ne sommes ni à l’heure du bilan, ni à celle de l’évaluation, mais je veux rappeler ici combien nous avons vécu une année riche pour les relations algéro-françaises. Elle a été marquée par la visite en décembre du Président de la République, Emmanuel Macron, qui y a délivré un message fort. Nous pouvons, je crois, nous réjouir que la génération à laquelle il appartient s’affirme pour donner un nouveau souffle aux relations entre nos deux pays. Le Président de la République avait confié « ne pas être otage du passé ». Sa génération et celles qui suivent, en France, sont légitimes pour s’estimer libérées. C’est même, peut-être, leur devoir historique. Car s’il n’est jamais question d’oublier notre passé commun, à la fois passionnel et tumultueux, l’heure est peut-être venue de faire de notre histoire partagée une force.

Cette belle amitié de demain, elle est en germe aujourd’hui. Au-delà des mots et des idées, notre labeur quotidien, à nous autres qui agissons dans le temps long, est de la faire grandir en portant des projets concrets. En ouvrant, par exemple, une école française à Annaba, et de nouvelles classes dans celle d’Oran. En ouvrant des Espaces France en liaison avec les universités algériennes dans d’autres villes. Pas à pas, nous voulons contribuer à ce que nos cultures et nos langues dialoguent toujours davantage, pour qu’Algériens et Français, en particulier les jeunes générations, apprennent ou réapprennent à parler ensemble, parce qu’il n’y a de richesses que d’hommes, et qu’ils ont tant à partager.
Ce dialogue doit être conduit dans tous les domaines, et il est porté par beaucoup d’entre vous réunis ici, qui êtes les acteurs et les vecteurs de cette relation. Je pense par exemple à la coopération économique, avec en ligne de mire l’installation d’une usine Peugeot près d’Oran, mais également aux projets culturels et sportifs, comme l’idée d’y recréer une épreuve du Paris-Dakar. Bref, il ne s’agit pas ici de recenser un à un les accomplissements et les projets de cette année qui fut riche et intense, mais avant tout d’exprimer une espérance et un enthousiasme.

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Mais si nous nous efforçons de porter loin notre regard, rien ne nous empêche d’avoir aussi un œil pour notre histoire. Nous sommes le 14 juillet, c’est une date importante pour l’histoire de France, elle commémore la Fête de la Fédération en 1790, dont l’on peut retenir qu’elle fut à l’époque un temps de rassemblement, au-delà des divergences politiques qui agitaient le pays. Ce sont dans ces moments-là que s’est bâtie l’unité de la France apaisée, et c’est la raison pour laquelle cela a du sens que nous soyons réunis en ce jour.

C’est également l’occasion, pour moi qui suis attaché à l’histoire, de rappeler quelques dates anniversaires qui rappellent la richesse du passé commun algéro-français ou des liens entre l’Algérie et l’Europe. En 1518, en août, la flotte de Charles Quint est en effet capturée devant Alger par Barberousse. En 2018, comment ne pas penser immédiatement à 1918, année de la paix retrouvée en Europe, et à ces 14 régiments de tirailleurs et de zouaves algériens qui vinrent combattre en Europe. Ils laissèrent sur les champs de bataille près de 30 000 hommes, morts pour la France. Cela, nous ne pouvons et ne devons l’oublier.

2018, c’est également le cent-cinquantenaire de la fondation, en 1868, de la mission des Pères Blancs par Monseigneur Lavigerie, alors archevêque d’Alger. Je crois que cela fut un des beaux moments de l’histoire française en Algérie, car il portait une idée de dialogue entre les cultures : des prêtres catholiques, qui parlaient arabe, portaient la gandoura et le burnous, venant tenir des dispensaires et des écoles. Ils appartiennent à l’histoire de l’Algérie et aujourd’hui encore, nombreux en Afrique, et de 35 nationalités différentes, ils font pour le développement, le dialogue et l’œcuménisme.

Enfin, et à la veille d’une finale de Coupe du monde de football, comment ne pas évoquer 1998, les deux buts de Zidane, c’était un 12 juillet, et cette équipe de France dont tout le pays était fier de la diversité ? Zidane, idole commune à l’Algérie et à la France, est le symbole que nos deux pays peuvent encore rêver ensemble et produire des destins qui rassemblent. Et, puisque l’histoire se répète, nous aurons demain notre finale, vingt ans plus tard, et nous aurons demain notre idole commune, ce jeune Kylian M’Bappé, qui, au-delà de rassembler par son talent, rassemble par ses origines française, camerounaise et algérienne !

Rassembler, voilà donc notre tâche, rassembler toujours. Nous sommes les deux rives de la Méditerranée, et tel est notre devoir. Car cette mer, dont nous sommes tous les enfants, elle est notre patrimoine commun, notre espace de dialogue. Mais elle est trop souvent, aujourd’hui, le symbole des désaccords et des drames. Alors nous pouvons nous rappeler que nous appartenons tous, Algériens comme Français, chacun avec nos influences, avec nos cultures, à une même civilisation méditerranéenne. Et cela nous dépasse. La relation entre la France et l’Algérie, elle est à nulle autre pareille, car elle dépasse les questions d’intérêts particuliers, elle dépasse même les tensions historiques. C’est une relation indéfectible, exceptionnelle. Nous sommes de la même maison ; sur cette Méditerranée, nous sommes du même bateau. Alors soyons en dignes, et donnons-lui du souffle pour qu’il continue d’avancer.

Pour accomplir cette tâche, je veux vous dire toute ma confiance, et remercier ici tous ceux qui œuvrent au rapprochement algéro-français et franco-algérien. Sans vous, ces paroles sont vaines et ne trouvent aucune incarnation. J’en profite pour saluer également tous ceux à l’ambassade qui vogueront bientôt vers d’autres horizons, et je veux les remercier pour l’excellence de leur travail ici.
Je remercie les sponsors, qui nous permettent de réaliser cette belle cérémonie. Mais également Philippe Bordelliard, l’intendant de la résidence, qui prépare depuis plusieurs semaines cet événement avec son équipe, ainsi que Christophe Dié, le chef cuisinier, qui partira en poste à Moscou à la fin de l’été.

A tous, et à nos deux pays, je veux dire « bon vent ».
Vive l’Algérie,
Vive la France.

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publié le 22/07/2018

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