Déclaration du Ministre Bruno Le Maire à l’ouverture "Dialogue 5+5 Finances et Investissement" [ar]

Déclaration de M. Bruno Le Maire, Ministre de l’Economie et des Finances, à l’ouverture de la réunion « Dialogue 5+5 Finances et Investissement »

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Président, cher Abderrahmane,
Messieurs les Ministres,

Je veux d’abord vous dire tout le plaisir que j’ai de retrouver Alger, même brièvement. C’est toujours pour moi un grand plaisir et un honneur d’être en Algérie, pays pour lequel j’ai une affection particulière.

Nous sommes ici entre amis et entre partenaires, et je voudrais vous redire, au nom du gouvernement français, l’importance que nous attachons à ce format 5+5. Nous estimons que c’est un format qui est particulièrement efficace. Il permet de traiter très librement et très directement un certain nombre de questions entre pays méditerranéens qui ont une connaissance des enjeux et qui sont directement concernés par un certain nombre de problématiques. Cela doit donc nous permettre d’apporter des solutions très concrètes aux défis qui sont posés, dans un cadre de coopération, qui me paraît le cadre le plus adéquat.

Le 5+5, c’est aussi l’opportunité d’avoir un cadre de pensée commun pour que nous soyons capables de définir ensemble quels sont les grands enjeux qui sont devant nous, pour que nous les pensions de manière qui soit la plus proche possible, avant d’apporter les solutions. Je pense à la question de la croissance durable. Chacun voit bien que c’est devenu aujourd’hui une préoccupation de toute une génération. La croissance oui, mais la croissance qui respecte l’environnement. Et d’autant plus que nous tous ici autour de la table, sommes confrontés à un changement climatique qui a une incidence économique très directe.

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Deuxième grand enjeu sur lequel, je pense, nous pouvons penser les choses de manière très cohérente ; c’est notre capacité à relever le niveau de vie de nos populations pour éviter les flux migratoires qui posent des problèmes politiques considérables. C’est vrai en Espagne, c’est vrai en Italie, c’est vrai en France aussi. On sait très bien que les mouvements de migration venus d’Afrique du Nord soulèvent des réactions politiques en Europe qui sont défavorables à tous nos pays : aux nôtres et aux vôtres. Il faut que l’on trouve les moyens d’avoir un développement économique de très haut niveau, qui permet de construire des classes moyennes qui vivent bien dans les pays du Sud de la Méditerranée, de façon à ce que soit enrayé ce mouvement de migration.

Nous avons en troisième lieu, un sujet majeur sur la lutte contre les trafics, en particulier le trafic de drogue. C’est un enjeu considérable pour nous et puisqu’on est ici pour se parler très librement, nos concitoyens ont le sentiment que nous ne sommes pas en mesure d’enrayer ce problème. Et là-dessus, les conséquences quotidiennes sont importantes en termes de violence, en termes de trafic, en termes de zone grise économique ; ces sujets sont devenus absolument majeurs, où seule une coopération étroite nous permettra d’apporter des solutions vraiment efficaces.

Enfin, le dernier sujet qui nous rassemble ici, c’est évidemment la lutte contre le financement du terrorisme. Cela reste pour nous tous un défi absolument considérable.

Au-delà de ces grands défis, je pense qu’il faut que nous utilisions ce format pour porter une ambition positive, volontariste pour la Méditerranée. La Méditerranée doit redevenir un rêve, un espace de développement économique, un espace d’échange culturel pour nos populations.

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Quand j’entends dire que la Méditerranée devient un cimetière à cause des migrations, je le regrette profondément parce que notre Méditerranée, qui est notre espace commun est d’abord un lieu de culture, de commerce, d’échange, d’enrichissement. Elle doit redevenir ce lieu de culture, d’enrichissement et de commerce commun. C’est tout le sens de la proposition du président de la République française, d’organiser au palais du Pharo à Marseille, le 24 juin 2019, le Sommet des deux rives. Je voudrais profiter de notre rencontre pour vous expliquer précisément la démarche du président de la République, Emmanuel Macron.

L’idée est bien de refaire de la Méditerranée ce qu’elle a été au cours des siècles passés, un lieu d’échange, de commerce, d’enrichissement réciproque et pas un lieu qui soit l’objet de rivalités, de conflits, en raison des mouvements migratoires ou des risques terroristes.

Je voudrais préciser que l’appellation définitive de cette rencontre, n’est pas encore arrêtée et que toutes les propositions sont évidemment les bienvenues. Je souhaiterais également indiquer que ce sommet se tiendra avec les chefs d’Etats et de Gouvernement de l’ensemble de nos pays, en étroite association avec l’Allemagne et l’UE. Nous ne renouvelons pas les erreurs que nous avons tous connu ici autour de cette table, qui consiste à exclure certains Etats. Je pense que si nous voulons que ce soit efficace, il faut que ce soit inclusif. Je pense qu’il est important d’associer l’Allemagne et les autres pays européens à cette idée du sommet des deux rives.

Deuxième chose novatrice, c’est le souhait d’associer la société civile. Ne donnons pas le sentiment que ce Sommet est réservé aux chefs d’Etats, aux ministres, aux responsables politiques ; il faut impérativement que des personnalités qualifiées, plutôt jeunes, issues de la société civile, soient associées à ce Sommet des deux rives. Là aussi, toutes vos propositions seront bien évidemment les bienvenues.

Nous proposons que ce sommet soit structuré autour de cinq grandes thématiques :

L’économie, d’abord, parce qu’avec le président de la République nous partageons cette idée très simple que lorsque la croissance économique est là, que le plein emploi est là, cela permet de résoudre beaucoup de difficultés et y compris les difficultés culturelles. L’environnement, l’énergie et les matières premières ensuite – nous voyons bien aujourd’hui que c’est devenu un défi absolument considérable - la jeunesse, et enfin la culture.

Sur chacun de ces thèmes, il est prévu qu’une rencontre spécifique ait lieu dans les premiers mois de 2019, dans cinq pays participants – on est encore en discussion pour répartir le travail - de même, une rencontre finale se tiendra avant le sommet de Marseille, pour mettre en forme les idées et les projets qui y seront débattus. L’objectif final du président de la République, c’est comme je vous le disais, de présenter une vision, un destin commun. Tous nos destins sont liés désormais. Les pays qui sont autour de cette table ont un destin commun. Il faut que nous présentions une vision commune de ce destin commun.

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J’espère que nos échanges aujourd’hui, vont nous permettre de renforcer justement les propositions et les idées sur différentes thématiques plus concrètes. Je pense aux politiques fiscales. Je pense aux questions d’investissement dans le changement climatique et dans la transition énergétique. Je pense aussi au sujet de la fintech qui est devenu un sujet absolument majeur, qui est un symbole de la mondialisation et qui est un nouveau défi pour tous nos secteurs qui ne connaissent aucune frontière et qui s’appuient sur ces fintech.

Enfin, je voudrais profiter de cette introduction pour saluer mon collègue maltais Edward SCICLUNA, puisque j’aurai l’honneur de lui passer le relais pour la co-présidence nord du Dialogue 5+5 finances et investissements à l’issue de cette réunion. Nous travaillons très bien avec Edward SCICLUNA depuis 18 mois, donc je suis très heureux de lui transmettre cette co-présidence.

publié le 19/11/2018

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