Déclaration de l’Ambassadeur sur la peine de mort [ar]

À l’occasion de la 15ème journée mondiale contre la peine de mort et du 40ème anniversaire de la dernière exécution en France, je tiens à rappeler l’attachement de mon pays à l’abolition universelle de la peine de mort.

Cette opposition à la peine de mort, en tous lieux et toutes circonstances est le fruit d’une longue histoire. Elle commence en 1791 où l’Assemblée constituante entreprend la réforme du Code pénal et débat de la question de la peine de mort. Le Député Louis Lepeletier de Saint-Fargeau plaide alors pour l’abolition au nom de l’inefficacité de la peine de mort. Le 26 octobre 1795, la Convention décide pour la première fois la suppression de la peine de mort mais celle-ci, conditionnée au rétablissement de « la paix générale », ne sera jamais appliquée. Cette histoire se poursuit par l’engagement et le génie politique de Victor Hugo dont je souhaite rappeler ici les mots : « Partout où la peine de mort existe, la barbarie demeure. Partout où la peine de mort disparaît, la civilisation règne ». Enfin, c’est Robert Badinter qu’il me faut citer, ce grand avocat, ce grand humaniste, cet homme courageux et déterminé qui nous a montré une voie nouvelle alors même que l’opinion française n’était pas prête à regarder dans cette direction. Il a mené ce combat avec tant d’ardeur, selon ses mots, « parce qu’aucun homme n’est totalement responsable, parce qu’aucune justice ne peut être absolument infaillible, la peine de mort est moralement inacceptable. »

Cette histoire de France, c’est aussi l’histoire d’un pays qui a exécuté des condamnés. C’est une histoire qu’il faut regarder en face et je crois, comme le Président de la République, qu’il faut avoir le courage de dire les choses. C’est dans cet esprit que je m’étais rendu en octobre 2011 à la prison de Serkadji (Barberousse). Un lieu où se sont déroulés des événements tragiques entre 1956 et 1957. Un lieu où 52 Algériens et Français, comme Zabana et Yveton, ont été exécutés. J’ai tenu à honorer la mémoire de ces victimes de la peine de mort, honorer la vérité de la souffrance et de la mort. Je tiens à renouveler, en ce jour important pour mon pays, mon engagement ferme et déterminé contre la peine de mort. Un engagement qui est particulièrement symbolique en Algérie où la France a pratiqué la peine capitale durant la période coloniale.

Je tiens à saluer le fait que l’Algérie n’exécute plus les condamnations à mort depuis 1993 alors même qu’elle a traversé une période particulièrement douloureuse de son histoire. L’Algérie a souscrit à de nombreux textes internationaux en faveur d’un moratoire généralisé. Elle fait partie des 139 pays qui appartiennent à ce groupe. Je sais qu’un certain nombre d’éminents juristes algériens est pour l’abolition de cette peine. L’abolition de la peine capitale en Algérie aurait certainement une force incomparable car elle marquerait le refus de reproduire ce qu’elle a subi. Mais il ne me revient ni d’en débattre ni d’en juger car c’est un choix qui appartient aux Algériens.

Xavier Driencourt, Ambassadeur, Haut-Représentant de la France en Algérie

publié le 10/10/2017

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