Déclaration à la presse de M. Le Drian à l’issue de l’audience auprès du président Tebboune [ar]

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de retrouver mes amis algériens, que je remercie de leur accueil chaleureux. C’est mon troisième déplacement en Algérie cette année. J’ai été reçu par le président Tebboune, et je serai reçu tout à l’heure par le Premier ministre Djerad et évidemment par le ministre des affaires étrangères, mon ami Sabri Boukadoum. Nous avons et nous aurons des échanges approfondis. Nos deux pays ont besoin l’un de l’autre et notre concertation est essentielle sur de nombreuses questions d’intérêt commun.

Je suis venu à Alger, tout d’abord, pour marquer la solidité des liens d’amitié entre nos deux pays. Pour la France, l’Algérie est un partenaire de premier plan. D’abord, en raison des liens humains multiples qui nous unissent par-delà la Méditerranée. Ensuite, parce que notre relation est riche et multiple : échanges humains, éducatifs, scientifiques, coopération économique, enjeux sécuritaires et questions régionales.
L’Algérie est à la veille d’une étape importante qui va amener le peuple algérien à se prononcer, le 1er novembre, sur un projet de révision de sa Constitution. Le président Tebboune a affiché ses ambitions de réforme des institutions pour renforcer la gouvernance, l’équilibre des pouvoirs et les libertés. Il appartient aux Algériens, et à eux seuls, de traduire les aspirations qui se sont exprimées avec civisme et dignité en une vision politique avec des institutions aptes à la concrétiser. La France souhaite succès et prospérité à ce pays ami, dans le plein respect de sa souveraineté.

Je suis heureux aussi de constater que notre relation bilatérale connaît un nouvel élan. Le président Macron a engagé, dès 2017, une démarche de lucidité sur l’histoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie. Il l’a démontré par des actes forts comme la remise récente à l’Algérie des restes mortuaires de combattants algériens conservés au musée de l’Homme. Le président de la République a aussi demandé à l’historien Benjamin Stora de travailler sur « la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie » dans un esprit de vérité et de réconciliation, pour que nos deux pays regardent ensemble vers l’avenir. Un regard lucide et apaisé sur leur passé est indispensable.

Lors de nos entretiens, nous avons aussi fait le point sur les crises régionales. Et sur ces enjeux, l’Algérie est un partenaire incontournable pour la France. C’est une puissance d’équilibre, qui privilégie le règlement politique des conflits dans un cadre multilatéral. L’Algérie a une voix qui compte en Afrique comme en Méditerranée.
En Libye, nous considérons, comme l’Algérie, qu’il n’y a pas de solution militaire. Nous soutenons le dialogue politique entre toutes les parties libyennes, sous l’égide des Nations unies. Le rôle des pays voisins, en particulier l’Algérie, est essentiel, parce qu’ils sont les premiers concernés par les risques que fait peser cette crise et qu’ils peuvent jouer un rôle stabilisateur auprès des acteurs libyens, à l’inverse des ingérences des puissances extérieures.

Au Mali, nous avons, comme l’Algérie, salué la mise en place d’une transition. Celle-ci doit conduire à la tenue d’élections ouvertes, libres et transparentes, et au rétablissement de l’ordre constitutionnel. Et comme l’Algérie, nous appelons à l’application d’ensemble de l’accord de paix d’Alger.

J’ai aussi évoqué les propositions du président de la République pour faire face aux séparatismes sur notre territoire. Et au coeur de la démarche du président de la République, il y a le refus de l’amalgame entre l’Islam et l’idéologie de l’islamisme radical et je crois que c’est une préoccupation que nous partageons pleinement avec les autorités algériennes.

Nous avons aussi évoqué la pandémie du COVID-19. C’est une dure épreuve pour nos pays. C’est un défi sanitaire, économique. C’est un défi redoutable et je tiens à saluer la détermination des autorités algériennes et de tous les Algériens. Et je me réjouis que la mobilité des étudiants algériens ait été traitée en priorité par nos consulats généraux pour permettre à des milliers d’entre eux de rejoindre les universités françaises.

La crise sanitaire doit nous inciter à agir dans un esprit de solidarité. Et dans ce cadre, la France a décidé de faire don à la Protection civile algérienne d’un poste médical avancé, dont la structure a été livrée au port d’Alger, il y a quelques jours.
Enfin, nous avons abordé les enjeux économiques de notre coopération. Les entreprises françaises implantées en Algérie sont nombreuses. Elles sont très investies et contribuent au dynamisme de l’économie, à la création d’emplois. Le président Tebboune a annoncé des réformes afin de diversifier l’économie algérienne, d’assouplir les procédures et d’appuyer les entreprises innovantes. Nous saluons cette volonté. Notre dialogue est important afin que les entreprises françaises trouvent toute leur place dans le cadre de ces réformes et continuent de contribuer à la prospérité de l’Algérie.
Je vous remercie de votre attention.

publié le 15/11/2020

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