Commémoration de l’armistice de 1918 par l’Ambassadeur Xavier Driencourt [ar]

Monsieur le Représentant du Wali,
Monsieur le Président de l’Assemblée populaire communale d’Alger
Madame l’Ambassadrice d’Allemagne,
Monsieur le Consul Général de France à Alger
Messieurs les représentants des cultes
Messieurs les Officiers supérieurs et Attachés de Défense
Mesdames et Messieurs les Conseillers consulaires et présidents d’associations
Messieurs les anciens combattants, veuves et pupilles de la Nation ici présents,
Mesdames et Messieurs les personnels de l’Ambassade et leurs familles,
Chers élèves,

Mesdames et Messieurs,

Le 11 novembre 1918 à 11h00, il y a aujourd’hui plus de cent ans, l’armistice imposait l’arrêt des combats, mettant fin au terrible conflit que fut la première guerre mondiale. Cette tragédie, qui faucha plus de 18 millions de vies humaines et en mutila 20 millions, a également laissé des centaines de milliers de veuves et d’orphelins.

Nous sommes réunis en ce jour du souvenir pour commémorer l’armistice mais aussi pour rendre hommage à tous ceux qui sont tombés au cours des nombreux conflits qui ont marqué notre siècle. Evoquer la mémoire de ces hommes, se montrer digne de leur sacrifice, c’est aussi s’imposer la sagesse de reconnaître que le temps de la reconstruction, de la paix et de la concorde est une voie plus ardue que celle du conflit et du ressentiment. C’est le message que nous transmettent ces générations du feu venues de métropole, d’Afrique, d’Outre-mer, qui se sont sacrifiées pour garantir un avenir libre et plus juste à leurs enfants.

Cette paix et cette liberté nous la devons aussi à ceux qui ont dû quitter l’Algérie, leur terre natale, pour défendre une terre lointaine dont ils avaient simplement entendu parler. 175 000 soldats algériens engagés entre 1914 et 1918, des milliers d’hommes, venus de mondes et de cultures si différentes, ont pu forger dans la tourmente du feu des espérances communes ; ils ont pu partager dans la fraternité d’armes un même idéal de bravoure, d’abnégation et d’honneur, trouvant pour certains au sein de l’armée de la République une place et une reconnaissance que la société coloniale leur refusait.

Vingt ans plus tard, une autre tragédie mondiale, tout aussi dévastatrice, entraina une nouvelle génération de combattants venus du Maghreb. Ces soldats ont contribué, par leurs faits d’arme à l’écriture d’une nouvelle page de l’histoire de la Méditerranée, de l’Afrique du Nord, de la France et de l’Algérie.

Aujourd’hui, cette génération du feu s’éteint progressivement, et nous nous devons de rendre solennellement hommage à leur abnégation en entretenant le souvenir de leur histoire singulière. C’est pourquoi je tiens à exprimer ici toute ma reconnaissance à leurs enfants, dont certains sont présents parmi nous en ce lieu comme à Oran, où se tient en ce moment une cérémonie en notre cimetière miliaire de Petit Lac, où sont rassemblés plus de 6 000 militaires français et algériens morts pour la France.

Je voudrais rendre hommage plus particulièrement à ces spahis, à ces tirailleurs algériens dont l’engagement à nos côtés illustre si bien l’union fraternelle des combattants. « La France a une part d’Afrique en elle » a reconnu le Président Emmanuel MACRON, dans son discours du 15 août dernier, lors de la commémoration du débarquement en Provence. Cette part c’est celle du sacrifice et du don de soi.

A l’image de l’amitié refondée entre la France et l’Allemagne, il est désormais de tradition de célébrer ici à Alger avec Madame l’ambassadrice d’Allemagne, que je remercie de sa présence, la cérémonie du 11 novembre, pour rendre un hommage commun à tous les morts français comme allemands, autrichiens ou d’autres nationalités, à toutes les mémoires. Sur ce passé douloureux, les nouvelles générations ont tissé des liens d’amitié et de confiance inédits en Europe et au-delà.
Aujourd’hui, alors que les acteurs et témoins du 1er conflit mondial ont disparu, la célébration de leur mémoire, comme nous le faisons aujourd’hui en ce lieu, dans le cimetière de Bologhine, nous permet de maintenir le lien sensible indispensable à la compréhension et à l’acceptation de notre histoire.

La mémoire d’une nation sans laquelle il n’y a pas d’identité heureuse ne peut sainement se construire sans la connaissance et l’acceptation de son histoire.
L’hommage que nous rendons ensembles aux morts de la première guerre mondiale, dans ce cimetière comme dans celui de Bru où je me suis rendu précédemment, me conduit enfin à rappeler que le souvenir de ces soldats tombés au champs d’honneur, inhumés dans des carrés militaires au sein même de vos cimetières communaux, demeure admirablement préservée en Algérie.

Enfin mes dernières pensées seront pour nos soldats morts pour la France cette année :

  • Le premier maître Alain BERTONCELLO du commando Hubert, mort pour la France au Burkina Faso le 10 mai 2019.
  • Le premier maître Cédric PIERREPONT du commando Hubert, mort pour la France au Burkina Faso le 10 mai 2019.
  • Le Médecin Principal Marc LAYCURAS du 14ème centre médical des armées, mort pour la France au Mali le 02 avril 2019.
  • Le brigadier Erwan POTIER du 501èmè régiment de chars de combat mort pour la France à Rouen le 21 mai 2019 des suites de blessures reçues au Liban.
  • Le brigadier Ronan POINTEAU du 1er Régiment de Spahis, mort pour la France au Mali le 02 novembre 2019.

Algériens, Français, Allemands, l’histoire commune de nos Nations, la mémoire de nos pères et de nos enfants morts au combat, nous impose un regard lucide sur le passé afin que les nouvelles générations puissent partager dans la quiétude les valeurs universelles qui nous unissent et relever les défis qui se présentent à nous.

Vive l’amitié franco-algérienne !
Vive l’amitié franco-allemande !

publié le 11/11/2019

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