Commémoration annuelle du drame de Mers-el-Kebir [ar]

Monsieur le wali d’Oran,
Monsieur le Président de l’Assemblée populaire communale de Mers-el-Kebir
Monsieur le Consul Général de France à Oran
Messieurs les Officiers supérieurs
Messieurs les anciens combattants, vétérans de la seconde guerre mondiale,
Chers élèves,
Mesdames et Messieurs,

Nous venons de l’entendre à l’instant, deux jours à peine après le drame, en pleine tourmente et dans la douleur, le général de Gaulle réagit de façon immédiate, et avec la plus grande lucidité, en apprenant la triste nouvelle. Son message, aujourd’hui encore, résonne de façon particulière en ce lieu, pour nous dire que les nations s’élèvent et s’accomplissent en acceptant de s’inscrire dans la tragédie de l’histoire, et pour nous montrer toute la grandeur qu’il y a, à surmonter le ressentiment et la souffrance.

Pourtant, il y a 81 ans, jour pour jour, ici-même, dans cette rade aux eaux paisibles, la souffrance des hommes, celle de nos marins, fut particulièrement terrible.

Ce drame était d’autant plus cruel et d’autant moins acceptable, qu’il intervenait entre deux nations alliées.

La France et le Royaume-Uni, liés par l’engagement interallié du 28 mars 1940, avaient livré un combat commun contre l’Allemagne nazie, mais venait de perdre une bataille décisive, calamiteuse, sur le continent. Depuis le 22 juin 1940, la France était contrainte par un armistice que le dernier gouvernement de la Troisième République, présidé par le maréchal Pétain, avait dû signer face à l’Allemagne Hitlérienne.

La situation politique et militaire était des plus confuses. La flotte française invaincue, avait été mise à l’abri en Grande-Bretagne ou dans les ports d’Afrique du Nord, en particulier la « force de Raid » mouillée dans le port algérien de Mers-el-Kébir.

Le Premier ministre britannique, Winston Churchill, jugeait cependant insuffisantes, les garanties présentées par la France soumise à l’armistice, et craignait que les forces du Reich ne mettent la main sur la puissante marine française. Il décide alors, le 27 juin, de mettre notre flotte hors d’état. Dans la nuit du 2 au 3 juillet, l’opération « Catapult », destinée à neutraliser la marine française, est lancée.

Ce 3 juillet 1940, l’amiral Gensoul, qui commande l’escadre de Mers-el-Kébir, informe les autorités militaires françaises qu’une escadre anglaise, commandée par l’amiral Somerville, vient de lui adresser un ultimatum, le sommant de se rallier aux forces britanniques, ou de se saborder, avant d’employer la force. En cette journée accablante de chaleur, une négociation s’engage entre des Britanniques manifestement troublés par cette mission déconcertante, et des Français qui ont du mal à concevoir leurs frères d’arme comme une menace. À 17h30 (heure anglaise) et après plusieurs navettes entre le port et les bâtiments anglais mouillant au large, le commandant Holland, négociateur britannique auprès de l’amiral Gensoul, se retire, consterné par l’échec des tractations qu’il n’a pu faire aboutir, faute de temps.
L’amiral Gensoul donne l’ordre de préparer les bâtiments au combat. Le 3 juillet, à 16h56, la force navale britannique bombarde la flotte française. Amarrés au port, les bâtiments français ne peuvent se défendre. Rapidement, le croiseur Dunkerque et le cuirassé Provence sont touchés. Les tirs atteignent ensuite le contre torpilleur Mogador. Le cuirassé Bretagne est touché par une salve et coule avec son équipage. L’amrial Gensoul demande le cessez le feu à 17h15.

En 19 minutes, un millier de marins ont été tués. Seul le cuirassé Strasbourg, accompagné par des contre-torpilleurs, réussit à s’échapper de la nasse. Les dragueurs et les petits bâtiments des bases d’Oran et de Mers-el-Kebir, dès 17h40, le Raymond, l’Esterel, le Nadal, la Puissante, sur laquelle se trouvait alors M. Brahimi, ici présent, tentent de sauver les hommes à la mer et se portent au secours des naufragés.

Le 6 juillet, une seconde attaque, menée par le porte avion « Ark Royal », achève de détruire le cuirassé Dunkerque et met par le fond le patrouilleur Terre Neuve.

« L’affreuse canonnade d’Oran », selon les mots du Général de Gaulle, a causé la mort de 1.297 marins français. Certains ont été rendus à leur famille, mais la majorité repose ici, ensemble, dans le cimetière marin de Mers-el-Kebir.

Je leur témoigne à tous, héros tragiques d’un des épisodes les plus douloureux de notre histoire militaire, tout le respect et toute la reconnaissance qu’inspire leur sacrifice.

Je voudrais aussi assurer de toute notre gratitude, tous les marins embarqués sur les bâtiments des bases d’Oran et de Mers-el-Kebir, lesquels, au péril de leur vie, se sont portés au secours de leurs camarades.

Et je souhaiterais que soit rendu hommage à Monsieur Yahya BRAHIMI, vétéran algérien, second-maître embarqué sur la Puissante. Monsieur BRAHIMI, vous avez secouru des dizaines de marins et participé aux opérations de sauvetage durant les terribles bombardements. Pour cet acte de bravoure, d’humanité, de fraternité, je tenais à vous renouveler la profonde reconnaissance de la France. Vous êtes un exemple et un passeur de mémoire auprès des jeunes générations.

Nous n’oublions pas que le drame de Mers-El-Kebir s’est déroulé en terre algérienne, comme nous nous souvenons de tout ce que la paix en Europe doit à ces soldats venus d’Algérie comme Monsieur Ali LATOUI, vétéran du débarquement de Provence, qui nous honore aujourd’hui de sa présence.

Nous n’oublions pas non plus les nombreux civils de la localité de Mers-el –Kebir, qui ont prêté assistance aux victimes.

Enfin, mes pensées vont aux familles des marins victimes. Je sais combien la mémoire de leurs pères est importante. L’Association des anciens marins et des familles de victimes de Mers-el-Kebir ravive à cet instant même la flamme du soldat inconnu, sous l’Arc de triomphe à Paris, rappelant ainsi que le l’histoire ne s’arrête pas à Mers-el-Kebir, et qu’au-delà des douleurs et de l’incompréhension, le combat s’est poursuivi.

Ils commémoreront également le 6 Juillet prochain, à Brest, au cimetière de Kerfautras, le sacrifice de nos marins, en la présence de la marine nationale française et de représentants de la Royal Navy. Je tiens à cet instant, m’adressant à eux, à leur dire combien le courage et la dignité dont ils ont fait preuve, pour entretenir la mémoire en se gardant de tout ressentiment, est un modèle de sagesse et d’apaisement. Ils ont compris, en effet, qu’une mémoire saine ne peut être une blessure, et que l’intelligence de l’histoire permet de mettre à distance la souffrance, sans pour autant oublier. Je leur adresse mes plus sincères encouragements dans l’œuvre de mémoire qu’ils réalisent chaque jour.

L’histoire commune de nos Nations, la mémoire de nos pères engagés ou morts au combat, nous impose un regard lucide sur le passé, afin que les nouvelles générations puissent partager dans la quiétude les valeurs universelles qui nous unissent, et relever les défis qui se présentent à nous.

publié le 08/08/2021

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